01 Décembre 2008
Les socialistes du 17ème arrondissement de Paris
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Immigration : Lever un tabou ou entretenir la confusion ?



« Lever un tabou », se glorifie Sarkozy, pour défendre sa 2è loi sur l’immigration. Celle-ci vient rompre avec celle de 2003 qui n’a été que partiellement appliquée et n’a fait l’objet d’aucune évaluation. A moins d’un an des Présidentielles, le deuxième acte de la loi immigration est une belle traduction de la vision humaniste du Ministre d’Etat, à moins qu’il ne s’agisse de gargariser un électorat d’extrême droite qui s’égare dans la peur et son corollaire, la xénophobie!

Fier de son concept d’« immigration choisie », qui s’opposerait à l’« immigration subie », comme si l’un allait empêcher l’autre, Sarkozy fait émerger deux profils et traitements d’immigrés. Il y a d’un côté l’immigré qu’on suspecte, qu’on traque, qui doit prouver de sa bonne intégration avant de pouvoir s’intégrer, qui doit aimer la France tout en y séjournant en sursis. De l’autre, il y a l’immigré de choix, doué « de compétences et de talents », à qui l’on réservera un accueil plus digne. Diviser la communauté d’immigrés entre bons et mauvais immigrés, c’est grave pour la cohésion sociale. C’est aussi nier que l’immigrant est avant tout quelqu’un qui quitte son pays d’origine, où il n’a aucune perspective d’avenir, pour tenter sa chance sur notre territoire.

Au fallacieux prétexte de la lutte contre la clandestinité, Sarkozy tend aux nouveaux arrivants, aux familles, aux couples mixtes, aux résidents de longue date, un parcours semé d’embûches. Sans complexe, il piétine nos valeurs républicaines du droit du sol, s’assoit sur la convention européenne des droits de l’homme qui entérinent le droit à vivre en famille, le droit au mariage, le droit d’aller et venir. L’idée, qui fleure bon l’extrême droite, c’est que les immigrés sont des profiteurs, des fraudeurs, que l’on ne débusque qu’avec une main de fer. Pourtant, la paternité et le mariage de complaisance, que visent ces mesures draconiennes, restent des pratiques marginales. Il aurait été plus judicieux de s’attaquer aux employeurs, aux propriétaires et aux proxénètes qui exploitent les clandestins et dont la pratique est nettement plus avérée ! En outre, la nouvelle loi prévoit que les régularisations se feront au cas par cas, à la discrétion des Maires et des Préfets, c'est-à-dire sur des critères subjectifs. Une loi établit une norme: elle ne peut se fonder sur de l’arbitraire.

Il faut maîtriser les flux migratoires aussi en fonction de nos besoins, en termes de générations pour payer nos retraites, en termes de mains d’œuvre pour couvrir certains secteurs d’activités déficitaires. Pour autant, cela ne nous autorise pas à fragiliser les immigrés qui, pour la plupart d’entre eux (accords de Schengen) arrivent légalement sur notre sol. Les populations étrangères sont plus vulnérables que les autres. Rendre plus difficile l’accès au travail, au logement, à l’éducation, à la santé, ne saurait garantir une meilleure « intégration ». Comment des populations déracinées, précarisées, et qui plus est, discriminées de part leur origine ethnique, peuvent-elles éprouver un sentiment d’appartenance commune, un désir de participation aux activités de la cité, une envie de respecter les normes et les valeurs républicaines? Les conditions d’accueil et de séjour que M. Sarkozy propose aux immigrés de ce pays ne fera qu’enfermer davantage ces populations dans leur singuralité et exacerber les communautarismes.

Cette loi n’est qu’un dispositif de répression archaïque et disproportionné par rapport à la réalité. Elle est inopérante dans la lutte contre la clandestinité et préjudiciable à la cohésion sociale et familiale. Nous avons plutôt besoin d’une réforme de l’administration pour sécuriser les parcours, tout en contrôlant les situations (polygamie par exemple), et pour diversifier les statuts du travail immigré (saisonniers, étudiants…). Une véritable politique d’intégration - au sens insertion et non assimilation – s’impose. Il faut rétablir l’égalité des droits et des conditions d’existence et recourir, si nécessaire, à des traitements préférentiels. Ces questions font débat au parti socialiste. Il lui appartiendra de trancher bientôt pour proposer aux Français un modèle d’intégration efficace et à échelle humaine.

Brigitte Goddard


           


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