Sur le premier point, seul le projet de l’UDF fait de la baisse de la dette une priorité absolue. Celui de l’UMP, compte tenu des baisses d’impôts prévues, est, également, coûteux.
Sur la deuxième remarque, la synthèse du PS n’est-elle pas une condition sine qua non à la qualification pour le second tour? L’union autour du président de l’UMP le rappelle.
Enfin, sur la troisième critique, le danger des idées du peuple qui feraient faire n’importe quoi aux gouvernants afin de flatter leurs électeurs (35h par exemple) existe-il réellement ? N’y a-t-il pas, en l’espèce, une confusion entre recueil d’informations et incapacité présumée à décider, à montrer la voie ? Les débats participatifs sont, avant tout, une réponse aux messages du 21 avril 2002, auxquels le PS n’avait pas, jusqu’ici, su apporter de solution.
Un sondage récent a évalué à 60 % les intentions de vote en faveur des droites (UMP, UDF, extrêmes droites). Ce chiffre de 40% pour la gauche est le plus faible depuis 1973. On peut considérer que les 3 seules victoires législatives de la gauche depuis 1958 sont le fait de circonstances exceptionnelles : un président stratège politique ou, pour une bonne part au moins, le résultat de l’hasardeuse décision de la dissolution prise par son successeur, le 21 avril 1997.
La gauche n’a donc gouverné que dans 30% des 49 années écoulées depuis le début de la 5ème République. Dès lors, peut-elle, comme en 2002, s’offrir le luxe de se demander si de telles circonstances exceptionnelles sont à nouveau réunies pour oser la victoire ? Comme si elle avait une telle opinion et telle exigence d’elle-même, qu’elle pouvait se refuser le pouvoir sous prétexte que sa candidate ne réalise pas la synthèse de toutes ses attentes et de toutes ses sensibilités ? La réforme incomplète du quinquennat et la concordance des élections présidentielles et législatives rendent impossible, à priori, toute cohabitation. Faut-il, dès lors, refuser la victoire législative à la gauche car Ségolène Royal n’aurait pas la stature de François Mitterrand ? Les critiques de la candidate socialiste ne font-elles pas écho aux motifs invoqués, en 2002, pour refuser un vote de 1er tour en faveur de Lionel Jospin ?
Il est vrai que les électeurs de gauche ne sont pas des machines à voter pour le candidat du PS. A fortiori, depuis que les scrutins de 2002 et de 2005 ont, pour la première fois depuis l’accélération du déclin du PCF, légitimé un vote à la gauche du PS. Toutefois, si une partie de la gauche faisait la fine bouche et rechignait à voter pour la gauche de gouvernement, le résultat ne serait-il pas connu d’avance ? Sans les électeurs de l’extrême gauche, qui à l’époque émargeaient au PCF dans leur majorité, François Mitterrand n’aurait pas gagné en 1981. Dans le même esprit, le 2 juin 1997 fut marqué par la victoire d’une gauche plurielle.
Si, grâce à ses accords avec le Mouvement Républicain et Citoyen et avec le Parti Radical de Gauche, Ségolène Royal dispose de bonnes chances d’être au second tour, elle aura besoin de toutes les voix de la gauche pour espérer gagner le 6 mai 2007. La gauche serait-elle sur le point de faire le jeu de celui qui veut faire croire qu’il n’a rien à voir avec l’action gouvernementale conduite depuis 5 ans ? Et qui, de ce fait, est co-responsable d’une situation dont la dénonciation est l’un des axes clé de la campagne de toutes les gauches.
L’une des réussites du second mandat de Jacques Chirac, outre l’opposition au conflit en Irak et l’affirmation de la responsabilité de la France de Vichy, est d’avoir été un rempart contre l’extrême droite. La gauche a donc eu raison de voter pour lui, le 6 mai 2002. Néanmoins, à bien des égards, il ne faudrait pas que cela devienne une habitude. En effet, lorsque la république et la démocratie ne sont pas en jeu, une élection présidentielle est, avant tout, un choix entre deux projets de société ! Sauf à ce que la gauche au nom de son autocritique soit prête, à nouveau, à permettre la victoire d’un candidat de droite, qui plus est plus proche de Margaret Thatcher que de Jacques Chirac, le radical-socialiste.
Sébastien Lion