(cet article n'engage que son auteur)
1. Bienfait de la crise de plus en plus de critiques s’élèvent contre la démesure architecturale dans beaucoup de pays, dont la France (voir journal Le Monde du 08 02 09). Paris ne devrait pas s’inscrire dans les défis dangereux de l’architecture pour la performance.
2. Les défenseurs de l’environnement, dénoncent des tours qui consomment, écrivent-ils, 6 fois plus d’énergie que les immeubles classiques. Sans parler des dégâts collatéraux, en termes d’embouteillages, de dépenses d’énergie induites, de pollution, de cadre de vie. Surtout évitons l’apoplexie à Paris…et ménageons nos alliances.
3. Ceux qui s’intéressent à la dimension « Paris métropole » se demandent si Paris intra muros présente aujourd’hui les meilleurs atouts pour développer encore ses grands espaces d’exposition et de rassemblement. Pourquoi, à l’inverse, ne pas envisager une délocalisation de nombre des grands salons de la porte de VERSAILLES, vers les communes voisines. On pourrait alors promouvoir, en leur lieu et place, des projets plus qualitatifs, plus chargés en contenu économique, industriel, de recherche, de formation, d’environnement. Des visions plus anticipatrices, plus porteuses : une « cité de l’avenir » qui complèterait, sur un mode plus entrepreneurial et plus sociétal, la Cité des Sciences et de l’Industrie. Il faut inventer aujourd’hui la nouvelle économie, la société de demain. Rien ne nous garantit en effet le maintient sur le moyen terme en cet endroit des traditionnelles manifestations quelque peu « bestiales ». Doit-on se contenter, d’une modeste place, dans la Voile, pour une pépinière d’entreprises ? Pourquoi se fixer sur un bâtiment alors qu’il faut mobiliser vers de grandes ambitions pour Paris.
4. A l’occasion de la crise que nous traversons, nous avons en effet le devoir de nous interroger sur l’impact économique réel, pour Paris et au-delà, de ces grandes foires traditionnelles et sur leur pertinence, à l’instar du salon de l’automobile. On préfèrerait un rendez-vous des technologies nouvelles du transport et du déplacement, des énergies qu’ils consomment, du genre de société qu’ils peuvent permettre, ouvrant la voie aux vrais créateurs, aux initiatives et à l’avenir, de quoi nourrir effectivement une pépinière d’entreprises. Doit-on se satisfaire d’un « salon de la mode » de l’automobile de grand papa dont le résultat n’est pas l’émulation pour le progrès, mais la compétition destructrice d’emplois, le poumon artificiel d’un modèle de société en déclin ? Ambitionnons plutôt, dès maintenant, de drainer pédagogiquement, productivement et civiquement cette énergie et ces foules vers la réflexion, l’innovation et le changement.
5. Pour finir, la récente annonce du président de la République concernant la suppression de la taxe locale sur les entreprises est, si elle se confirme, un coup sérieux porté à ce projet de Voile. Ces mêmes taxes qu’il était censé générer c’était le moins mauvais argument de ses défenseurs. Faudra t’il, suite logique de cette annonce, que ses promoteurs empochent les bénéfices, augmentés de l’impôt défunt, et que les parisiens dépochent les coûts induits ?
11 02 2009 P. Bertaut